Lettre du compagnon Panagiotis Masouras
by de la prison grècque de Avlona
Friday, Nov. 20, 2009 at 7:51 PM
Lettre de Panagiotis Masouras, un compagnon inculpé dans l'enquête contre la "Conspiration des Cellules de Feu"
(Contexte en haut + lettre en bas)
CONTEXTE:
En décembre 2008, une tempête de révolte a secoué les rues grecques. Après le meurtre du jeune Andreas Grigoropoulos par un policier, des émeutes avaient gagné les rues de l’ensemble du territoire pendant des semaines. Des centaines de banques, commerces, concessionnaires, bureaux, institutions gouvernementales, commissariats ont été attaqués, pillés et incendiés. S’il est sûr que les anarchistes et anti-autoritaires ont pris l’initiative pendant la première semaine qui a suivi le meurtre, la lutte s’est rapidement étendue et beaucoup de gens ont été impliqués dans cette révolte contre les autorités, les conditions de vie insupportables, contre toute la merde et le manque de perspectives que ce monde offre aux exploités et aux opprimés.
Pourtant la révolte ne s’est pas terminée fin décembre 2008, tout comme elle n’a pas commencé le lendemain du meurtre. Les attaques contre les structures de l’Etat et du Capital ont continué et se sont mêmes étendues vers plusieurs plus petites villes de Grèce. Beaucoup de ces attaques ont été revendiquées par des anarchistes et des anti-autoritaires, avec leurs différences et leurs différents angles d’attaque. A travers des communiqués et des revendications, des discussions permanentes ont lieu à propos des perspectives d’insurrection, de guérilla urbaine, de cibles et des différents angles de la critique révolutionnaire de l’existant.
Le 24 septembre, quatre personnes ont été arrêtées par les unités anti-terroristes. Elles sont accusées d’« appartenance à l’organisation La Conspiration de Cellules de Feu », « possession de matériel explosif », « terrorisme »,… Les arrestations ont eu lieu au lendemain de l’attaque contre la maison d’un politicien socialiste. La police prétend disposer d’empreintes que les suspects auraient laissées sur des engins incendiaires qui n’ont pas fonctionné ; lors des deux perquisitions (les compagnons ont été arrêtés dans deux maisons différentes), la police prétend avoir trouvé des marmites, du matériel pour « confectionner des retardateurs électriques », des traces de matériel explosif,… Deux jours après l’arrestation les quatre suspects ont été amenés devant le juge d’instruction. Celui-ci a relâché une personne avec l’obligation de rester à disposition des flics ; les trois autres ont été incarcérées en attendant le procès. Le juge a également émis six mandats d’arrêt contre six autres compagnons. Tous sont encore en cavale aujourd’hui, et ce malgré les recherches poussées des flics et les barrages routiers qui avaient été dressés pendant plusieurs jours dans et autour d’Athènes.
Ces deux dernières années, environ 180 attaques incendiaires et, depuis quelques mois, à l’explosif, ont été réalisées sous le nom de « Conspiration des Cellules de Feu ». Ces attaques ont visé des banques, des concessionnaires, des centres commerciaux, des institutions étatiques, des commissariats, des bureaux de partis politiques, des entreprises qui construisent des prisons, des domiciles de politiciens, juges, criminologues et journalistes, des entreprises de sécurité privé,… Plusieurs fois, ces attaques étaient coordonnées : en quelques jours, une dizaine de cibles étaient attaquées. Dans les revendications, non seulement le Capital, l’Etat et l’Autorité (sous tous leurs aspects) étaient critiqués, mais aussi la résignation des exploités, leur mentalité grégaire, leur collaboration avec le système.
LETTRE DU COMPAGNON PANAGIOTIS MASOURAS
C’est le mercredi 23 septembre, à 8h15, en sortant de ma maison dans le quartier de Galatsi pour me rendre au club de gym, que j’ai été arrêté par 25 individus du Service Antiterroriste. En un clin d’œil, je me suis retrouvé sur le trottoir avec les mains liées derrière le dos, pendant qu’ils informaient leurs commissaires que ’’tout s’était bien passé’’ et qu’ ’’ils m’avaient eu’’. Ils m’ont conduit au 12ème étage du Commissariat Général d’ Athènes. Le lendemain, on m’a informé que deux amis à moi avaient également été arrêtés.
Le spectacle a déjà commencé. Je me trouvais privé de sommeil pendant 48 heures, physiquement épuisé, debout face au mûr et soumis à un long questionnaire, tandis qu’un officier passait d’un bureau à l’autre en criant dans son délire de jouissance, que c’était la guerre.
Après, ils se sont intéressés à mon parcours universitaire. Puis, ont suivi les paroles amicales, la provocation et l’approche humaine du jeune emporté dans le mauvais chemin, que c’était eux qui pouvaient me remettre dans le bon chemin et me ramener à la raison ; non pas pour eux mais pour moi même, comme ils disaient ; j’avais l’obligation de les aider moi même, en parlant des situations et des personnes que je ne connaissais pas. Plus tard, j’ai été informé par un officier que j’étais le con de l’étage, car les autres ’’m’avaient grillé direct’’ et ils ’’s’étaient mis à table’’ (sic) et, si je ne parlais pas, j’allais faire de la prison pour des choses que d’autres avaient fait, et je me suis donc retrouvé à répondre pour des situations que j’ignorais.
Puis les nuits de garde à vue ont commencé : les policiers ’’gentils’’ avec leur fond ’’sensible’’ et leurs traumatismes d’enfance, qui connaissaient l’injustice et qui voulaient m’aider. De l’autre côté, les commandos durs, avec leurs cagoules fullface , des applicateurs ’’durs’’ de la loi et représentants de la morale, qui agissaient de manière totalitaire, visant l’épuisement physique et psychique, comme une sorte de vengeance, parce que je restais muet.
Le fait que je nie les accusations qui me sont adressées ne veut pas du tout dire que je pourrais jamais renier mon ’’identité’’ politique et mon origine. Je ne pourrais jamais mettre sous le tapis ma dignité en méconnaissant le fait que je suis un anarchiste qui se dresse contre les valeurs et les institutions de cette société à travers la pensée critique révolutionnaire et sa pratique. Je suis anarchiste et je me suis rangé du côté de la révolution et parallèlement, de moi-même.
La raison pour laquelle nous nous trouvons détenus ce jour, moi et mes deux amis, est évidente. Même l’esprit le plus naïf pourrait réaliser que, dans les conditions actuelles, des situations dirigées dans le contexte des élections, qui servent des intérêts politiques et médiatiques.
L’exagération de la situation, les cortèges armés de l’Unité Spéciale Répressive Antiterroriste et le rôle des cafards-journalistes, combinés à la situation politique de ces jours-là, ont suffit pour qu’un sentiment d’ordre et de sécurité se forme chez le Grec moyen en vue des élections ; ainsi, il agirait désormais comme un somnambule, jouant le rôle du bon citoyen s’acheminant vers l’urne électorale, pour, une fois encore, déléguer la plus grande part des responsabilités de son existence à d’autres mains que les siennes. On sait déjà que l’opinion publique n’a pas d’opinion et c’est pour cela que quelqu’un se chargera de la former. L’ambiance de ces derniers jours est due surtout aux rats médiatiques et à leur soif de ’’dragons à Galatsi’’ et de ’’monstres à Halandri’’, de serial terroristes alliés aux ’’fameux’’ groupes révolutionnaires, desquels ils prennent leurs ordres et pour lesquels ils mènent des missions à terme.
Des armes et des balles ont été trouvées chez moi et de l’argent qui a été décrété comme provenant de braquages, simplement parce que je l’avais caché ; la prochaine fois, je le laisserai à la porte de ma maison.
La société ne se divise pas en classes mais en choix et en consciences. Alors apprenons de la douleur et de la joie, du sang et de la rue. Nous sommes nés pour exister intacts au milieu de singularités insaisissables ; insaisissables, parce que nous résistons à la douleur, imprévisibles, parce que nous avons appris dans la rue, sans hésitation, parce que nous nous retournons contre tous, car nous allons apprendre à terrasser méthodiquement l’acier avec la chair et à tremper le béton avec le sang révolutionnaire.
Nous exécutons la morale en en faisant un préambule à la destruction, nous chuchotons avec rage et mordant les mots : GUERRE et ATTAQUE car seules comptent la beauté et la force, bien que les lâches aient pour se protéger inventé la justice.
Là où il y a des fils de fer barbelé, qu’il y ait des mains sanglantes qui les déchirent. Là où il y a du béton, qu’il y ait des cris enragés qui le détruise. Là où il y a des barres de fer, qu’il y ait des âmes, qui, tels l’acide, les rongent ; là où nous sommes enterrés vivants, enterrons y ensemble la morale.
Nous nous devons à nous mêmes de mordre nos chaînes, même si nous devons mourir en mordant. Car, nous ne sommes le fruit que de nos propres choix.
Pour l’honneur, la dignité, la révolution.
LIBERTÉ POUR NOS COMPAGNONS: V. PALLIS – G. DIMITRAKIS – G. VOUTSIS-VOGIATZIS – P. GEORGIADIS – I. NIKOLAOU.
LIBÉRATION IMMÉDIATE DE MES COACCUSÉS CH. CHATZIMICHELAKIS – M. GIOSPA
Panagiotis Masouras,
Prison d’Avlona (Grèce)
(fin octobre 2009)