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NO BORDER: Raoul Vaneigem - 'Ni frontières ni papiers'
by cp Raoul Vaneigem Monday, Sep. 06, 2010 at 12:19 PM

Raoul Vaneigem a écrit une text, spéciallement pour le No Border Camp

Ni frontières ni papiers

Il fut un temps où l’anarchiste Albert Libertad, pressentant le développement d’une bureaucratie kafkaïenne et de la dictature paperassière, invitait les citoyens à brûler leurs papiers d’identité et à redevenir des êtres humains en refusant de se laisser réduire à des numéros, dûment répertoriés dans le dénombrement étatique et statistique des esclaves.
Nos existences sont aujourd’hui si imprégnées de ces chiffres qui contingentent indifféremment les paiements bancaires, les salaires, la sécurité sociale, les allocations de chômage et les retraites qu’exister sans papiers paraît aussi impossible et impraticable que la recommandation de Libertad d’en finir avec le marquage infamant et policier du bétail social.
Ainsi sommes-nous confrontés à une double et paradoxale exigence : d’une part, il faut que chacun, quels que soient son ethnie, son statut social, sa personne, bénéficie d’un droit d’accès à cette jungle bureaucratique qu’est devenue notre société ; d’autre part, il est intolérable que le sort des hommes soit ainsi contingenté par une gigantesque calculatrice dont le caractère inhumain est incompatible avec le droit à une vie librement épanouie.
Ajoutez à cela un processus de dégradation de l’Etat dû à l’emprise des puissances bancaires, elles-mêmes menacées par un effondrement monétaire mondial. Car les Etats ont perdu le privilège, qu’ils s’arrogeaient, de gérer le bien public. Hier encore, ils prélevaient leur tribut sur les citoyens avec force taxes et impôts mais, en contrepartie, ils assuraient le fonctionnement des services publics - enseignement, soins de santé, postes, transports, allocations de chômage, retraites…
Qu’en est-il aujourd’hui ? Les Etats sont devenus les valets des banques et des entreprises multinationales. Or, celles-ci sont confrontées à la débâcle d’un argent fou, à un tourbillon de milliards investis dans les spéculations boursières où ils tournent en rond, au lieu de travailler à l’essor des industries prioritaires et des secteurs socialement utiles. Des milliards qui forment une bulle vouée à imploser et à provoquer un formidable krach boursier.
Nous sommes la proie des gestionnaires de faillite, avides d’engranger leurs derniers profits à court terme en surexploitant des citoyens, qu’une politique démente d’austérité invite à se sacrifier pour combler le gouffre sans fond du déficit creusé par les malversations bancaires.
Non seulement l’Etat n’est plus en mesure de remplir ses obligations en vertu du vieux contrat social, mais il rogne sur les budgets des services publics, il envoie à la casse tout ce qui garantissait au moins la survie, à défaut de permettre à chacun de mener une vraie vie. Et cela au nom de cette gigantesque escroquerie baptisée du nom de dette publique.
L’Etat s’est replié sur la seule fonction qui rappelle encore son existence : la répression policière. La seule sauvegarde de l’Etat, c’est de répandre la peur et le désespoir. Il y réussit assez efficacement en accréditant une manière de vision apocalyptique. Il répand la rumeur que demain sera pire qu’aujourd’hui. La sagesse consiste donc, selon lui, à consommer, à dépenser avant la banqueroute, à rentabiliser tout ce qui peut l’être, quitte à ruiner son existence et la planète entière pour que l’escroquerie généralisée se perpétue.
La lutte en faveur des sans-papiers devrait tenir compte d’un tel contexte. A plusieurs égards.

a)Pour dissimuler le gigantesque détournement du bien public, l’Etat en est réduit à faire diversion. Il mise sur la crainte et sur le découragement, qu’il entretient soigneusement, pour assumer son rôle de gendarme sécuritaire. Et comme toujours, en pareils cas, il recourt à la vieille tactique du bouc émissaire. Aux citoyens apeurés par la montée du chômage, la baisse du pouvoir d’achat, la précarité croissante, il désigne des groupes « dangereux » sur lesquels il tente de détourner une agressivité qui, sans ces palliatifs, se tournerait contre les corrompus et les profiteurs qui nous gouvernent.
Tout est bon entretenir le rideau de fumée qui masque les vrais problèmes. Alors qu’en Belgique Wallons et Flamands sont pareillement victimes des malversations d’un Etat à la botte des puissances financières, un nationalisme mafieux tente de les dresser les uns contre les autres. Une xénophobie sournoisement entretenue s’attache à identifier Arabes et terroristes islamistes, elle tourne en antisémitisme la juste opposition à la politique anti-palestinienne du gouvernement israélien, elle travaille à opposer les chômeurs et les sans-papiers, elle ne craint pas d’exhaler des relents nazis dans le mépris et les mauvais traitements réservés aux Tziganes.
Nous devons prendre conscience que l’Etat corrompu fait tout pour empêcher qu’une véritable solidarité s’établisse entre les défavorisé, frappés aujourd’hui par la précarité, et ceux qui, jouissant encore d’une certaine sécurité d’existence, la perdront demain s’ils continuent à se résigner au sort qui les attend.
C’est donc cette solidarité qu’il faut restaurer, c’est sur elle qu’il faut miser en prenant la défense conjointe des sans-papiers, des chômeurs mais aussi des salariés en lutte contre l’exploitation, des associations préparant l’autogestion et la suppression de l’argent, des mouvements collectifs refusant la dégradation des transports publics, de l’enseignement, des soins de santé, de la poste, des industries prioritaires, de l’agriculture… Nous parions sur la poésie de la vie contre les lois du profit, qui la dégradent.

b)Répondre à la politique répressive des gouvernements corrompus, ce n’est user contre elle de la même violence, c’est passer outre à leurs diktats humiliants, c’est propager la désobéissance civile.
Comment ? En intervenant pour restaurer une qualité d’existence que l’Etat délabre sous la pression des mafias bancaires. Nous sommes tous des laissés pour compte, sacrifiés aux intérêts sordides d’un système absurde. Nous n’avons pas d’autre choix que de miser sur nous-mêmes pour sortir de la gabegie. Il existe chez la plupart des femmes et des hommes une richesse poétique et une créativité capables d’instaurer dans tous les domaines des conditions plus humaines. Beaucoup, ensommeillés par la routine l’ignorent encore. En revanche, c’est la principale, sinon la seule ressource de ceux que la politique des démocraties corrompues marginalise et condamne au rôle de boucs émissaires.
Plutôt que de déprécier un homme, mieux vaut valoriser ce qu’il a d’humain et de créatif. N’est-il pas aberrant de craindre et de pourchasser les Tziganes alors que les aider à développer leurs ressources artisanales et musicales ferait de leur passage une opportunité bienvenue ? Au lieu de vouloir hypocritement réintégrer les chômeurs dans un marché du travail mis à mal par la multiplication des fermetures d’entreprises, pourquoi ne pas favoriser des structures où l’inventivité de chacun pourrait se donner libre cours ? Le combat pour les sans-papiers s’enlise trop souvent dans une défense désespérée, voire suicidaire. Or, l’offensive est la meilleure défense. Non une réponse agressive, du même type que l’intervention policière télécommandée par une bureaucratie affairiste, prônant cyniquement l’austérité à ceux qu’elle ruine. Mais une offensive qui instaure partout des territoires libérés de l’emprise de la marchandise et du profit, des zones où le droit à la vie, à la joie, à la création, à la beauté, à la jouissance révoque les droits du commerce, de la prédation, de la barbarie
Nous allons devoir suppléer aux carences d’un Etat, de plus en plus éloigné des revendications des citoyens. Il nous appartient de nous y préparer dès maintenant si nous voulons plus que les impôts servent à combler le gouffre des malversations bancaires et des spéculations boursières. Notre tâche prioritaire, c’est de restaurer la poésie dans une société où l’appât du gain et du pouvoir a tout dépoétisé. C’est, dans un monde d’aveuglement agressif, de désigner, de réinventer, de privilégier les valeurs humaines, celles de la générosité, de la solidarité, de la gratuité, de la créativité, de la jouissance, de la vie souveraine.
Devenir humain signifie se nier comme esclave du travail et du pouvoir pour affirmer son droit au bonheur en créant des conditions favorables au bonheur de tous.

Raoul Vaneigem

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no borders no papers
by someone Wednesday, Sep. 15, 2010 at 12:58 PM

No borders no papers .

There was a time when the anarchist, Albert Libertad, having a premonition
of the kafkaesque bureaucracy and the paper dictatorship, invited citizens
to burn their ID papers and to become humans again, refusing to let
themselves be reduced to a number, duly filed in the statistic state
inventories of slaves.

Our beings today seems so impregnated by numbers that define bank payments, wages, social security, unemployment benefits and old age pensions that living without papers seems as impossible and unpractical as the recommendation of Libertad to finish this degrading and controlling
labelling of the social livestock.

In this way we are confronted with a double and paradoxical existence : on the one hand, everybody - no matter what his or her ethnical belonging, social status, or character- has to have the right to access this bureaucratic jungle that our society has become ; on the other hand, it is unacceptable that the fate of humans is so divided by a gargantuan calculator, of which the inhumane character is incompatible with the right for a free and beautiful life.

If we add to this a process of state collapse because of financial forces. States who in their turn are threatened by a worldwide monetary collapse. States have lost the privilege - that they arrogantly claimed-, to look after the public goods. Yesterday still, they took their levies
from the citizens by fierce taxes and fines, but in return they took care of public services – education, health care, postal services, transportations, unemployment benefits, old age pensions.
What has happened to this now ? States have become the valets of banks and multinational enterprises. These banks and enterprises however, are confronted with the fiasco of insane money, a whirlwind of billions of investments in financial speculations, where money flies around, instead
of working on the progress of primary industries or other sectors with a social use. Billions forming a bubble bound to implode and to provoke a great monetary crash..

We are the prey of managers of bankruptcy, eager to reap their last short term profits overexploiting citizens, the same citizens that a demented austerity policy invites to sacrifice themselves, to fill the bottomless deficit gap, dug by monetary embezzlement.
Not only can the state no longer fulfill its obligations as seen in the old social contract , the state even cuts the budget of public services. Burying everything that guaranteed, if not a real life, at least survival. And the reason given for this is a great swindle called public debt.
The state has folded itself back upon the only function that reminds itself of its reason to exists: police repression. The only lifeguard of the state is spreading fear and despair. The state accomplishes this
rather efficiently by spreading an apocalyptic worldview. It spreads the rumor that tomorrow will be worse than today. Wisdom consist according to this view in consuming, spending before going bankrupt, make profitable everything that can be made profitable, even ruining its own existence
and the whole planet , as to make this great swindle last forever. The fight supporting undocumented migrants should take into account such a context, in several ways.

a)The state takes attention away from the way in which public goods are rerouted, the state installs fear and discouragement, and entertains it, so to fulfill its role as a security police. And, as always is the case in
such conditions, it uses the old tactics of scapegoating. For citizens, frightened by the rise of unemployment, the lowering of purchasing power, the rise of precarity, it names some ‘dangerous ‘ groups that will serve to reroute the anger and aggression, that would otherwise be directed
against the corrupt exploiters that govern us.

Everything is good to keep up the smokescreen that
masks the real problems.. While in Belgium Walloons and Flemish are both as much victims of the mishandling of the state at the fringe of a financial gap, there is
a criminal nationalism that tries to put one group against the others .
A shifty xenophobia aims to identify people of Arab descent as Islamic terrorists. ,
it turns into anti-Semitism the grounded opposition to the
anti-Palestinian politics of the Israeli government, it works to oppose unemployed workers and undocumented migrants, it does not blink to resemble the nazi’s in the way they despise and treat gypsies (Rom and
other travelers).
We have to take into account that the corrupted state does everything to hinder a true solidarity between have-nots struck by precarity, and those
who still enjoy a little bit of good existence, bur who’ll lose this security if they do not accept the fate that awaits them.
It is this solidarity that we need to restore, and it is to this solidarity to which we appeal when we defend undocumented migrants, unemployed, but also workers
who fight their exploitation, organisations preparing the
autodetermination and the abolishment of money, movements that fight the cuts in public transportations, , education, health care, postal services, primary industries and agriculture. We will defend the poetry of life
against the laws of profit that degrade life.

b)answering the repressive politics of a corrupt government, does not mean using the same violence against the state, the answer is going beyond their humiliating dictates, it’s propagating civil disobedience.. How ? By
interfering to restore a quality of life that the state has ruined under the pressure of maffia bankers. We are all left-behinds, sacrificed for the morbid interests of an absurd system. We do not have another choice than to bet on ourselves to get out of this mayhem. There is, within most women and men a poetic richness and a creativity capable of installing in all domains more humane conditions . Many people, pacified by routine, ignore this still. But it is often the only source that those people,
scapegoated and marginalised by the politics of corrupt democrats, have.

In stead of trying to bring someone down, we should valorise the human and creative aspects of someone. Is it not an awful shame to fear and chase gypsies, instead of developing their artisanal and musical resources so
that every passage they make turn into a joyous event. Instead of trying to re-integrate unemployed in a labour market upset by the multiplication of enterprises shutting down, why not let structures develop where each ones potential and imagination can develop fully? The struggle for undocumented migrants slides too often into a desperate, even suicidal defence. But offense is the best defence. Not an aggressive answer, like a police intervention remote-controlled by a functionary who calls for austerity with those that he ruins. It can be an offensive who installs everywhere spaces liberated form profits, market and commerce. Spaces where the right to live, to be happy, to create, spaces for beauty, for
enjoyment reject the rights of barbary, commerce and survival of the richest.
We will have to fill up the gaps that the state lets, as it furthers away form the demands of citizens. It is up to us to prepare ourselves starting now if we do not want anymore
that taxes serve as gapfilling for banking mistakes and speculation on the stock market.
Our main task, is restoring poetry in a society where the taste for profit and power have removed all poetry . In a blindly aggressive world, drawing, reinventing, giving priority to human values, like generosity, creativity, enjoyment, an autonomous life..
Becoming human means denying the slavehood of labour and the power to proclaim your right to be happy creating good conditions for the benefit of all.



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